Etats généraux de la nuit à Lille

Observer les Etats généraux de la nuit à Lille : contexte et cadrage

En juin prochain, la mairie de Lille organise des « États généraux de la nuit » visant à rassembler différents acteurs de la « vie nocturne » (patrons de bars et de discothèques, polices municipale et nationale, responsables d’associations étudiantes ou d’associations de riverains, etc.) et à réformer la « charte de la vie nocturne » signée en avril 2003. En quoi consistent ces états généraux ? Et quels en sont les objectifs pour ces différents protagonistes ? C’est à ces questions que l’enquête mise en œuvre par le collectif de recherche « CANDELA – Les politiques de la nuit » va s’efforcer de répondre

Les Etats généraux de la nuit ont déjà été expérimentés par d’autres municipalités : les Etats généraux de la « fête » à Rennes en mai 2005, ceux de la nuit à Paris en novembre 2010 (avec un débat nocturne animé par Frédéric Taddéi !) ou encore ceux de Genève en mars 2011. La ville de Lille organisera ses Etats généraux de la nuit en juin 2013. Comme ailleurs, ce dispositif symbolise une volonté de répondre, dans la concertation, aux enjeux de la nuit dont la régulation municipale s’opère sur un mode contradictoire : alors que le temps et l’espace nocturnes sont associés aux déviances et aux excès (dimension policière et urbaine), la dimension « festive », « ludique » ou « divertissante » de la nuit non seulement une activité importante de l’économie locale mais elle constitue aussi un atout dans la stratégie de marketing territorial portée par la mairie. A Lille, cette initiative est accélérée par la rencontre entre des événements nocturnes dramatiques en 2011-2012 (les « noyés de la Deûle », la fusillade mortelle à l’entrée du Theatro) et l’arrivée d’un nouvel adjoint en charge de la sécurité, Franck Hanoh, en remplacement de Roger Vicot qui, devenu maire de Lomme, reste néanmoins conseiller spécial de Martine Aubry sur la sécurité. C’est d’ailleurs ce dernier qui, à l’occasion de sa dernière présidence de commission de la vie nocturne à l’automne 2012, a annoncé la tenue des Etats généraux de la nuit. Leur principal objectif affiché est de rénover la charte de la vie nocturne – signée le 30 avril 2003 par le maire de Lille, le préfet de Région et des représentants syndicaux et associatifs des bars et discothèques lillois – qui autorise une dérogation au régime général des horaires de fermeture (8 heures pour les boîtes, 3 heures pour les bars de nuit) en échange de contreparties.
En d’autres termes, les Etats généraux lillois ne sont qu’un épisode de plus dans l’histoire des relations institutionnalisées depuis la fin des années 1990 entre les services de la police et de la règlementation de la ville, la police nationale et les représentants du monde de la nuit qui se retrouvent toutes les six semaines dans le cadre de la commission de la vie nocturne. C’est d’ailleurs dans cet espace de coordination des intérêts publiquement reconnus que le cadrage des Etats généraux s’élabore progressivement. Ainsi, notre démarche ethnographique prend tout son sens puisque notre équipe de recherche a obtenu de suivre non seulement les Etats généraux – dont le caractère public est encore incertain – mais aussi les activités préparatoires qui doivent nous permettre d’appréhender les enjeux, les discours et les représentations que la vie nocturne provoque ou active ainsi que la hiérarchisation, la sélection, l’oubli et/ou la censure de certains intérêts ou dossiers. Nous ne serons cependant pas de simples observateurs puisque, à la demande de la mairie et des professionnels de la nuit, nous serons amenés à produire une synthèse des débats des différents groupes de travail (« personnels de la nuit », « application de la règlementation existante », « règlementation liée aux nouvelles pratiques », « améliorer le vivre ensemble la nuit et lutter plus efficacement contre les nuisances ») qui se réuniront chacun à deux reprises en avril et mai 2013.

Thomas Alam (pour le collectif CANDELA)

Liens utiles :

Le pdf de la charte de la vie nocturne

Numéro spécial de la revue Annales de la Recherche Urbaine : « Nuits et lumières », n°87, septembre 2000
(voir notamment Pinçon, Pinçon-Charlot ; Gwiadzdzinski et Deleuil, Toussaint. Tous les articles sont en accès libre) :

La gestion de la nuit à Rennes et à Nantes, article publié dans les Cahiers de la sécurité

Interview d’Alexandre Daneau sur « l’homo festivus » à Paris :